Vendredi 19 juin s’est tenue la troisième réunion des NAO FY27. Les trois organisations syndicales (CGT, Printemps Écologique et Solidaires Informatique) étaient présentes. Voici ce qui s’est passé.
🎣 Un an de plus à se faire mener en bateau
Rappel des faits. L’an dernier, la direction a accordé 3 % de revalorisation, répartis librement entre augmentations et primes exceptionnelles. Un système que tout le monde a trouvé insatisfaisant : les salarié·es, les organisations syndicales, et 🏆 la direction elle-même selon ses propres dires 🏆. Résultat : des salarié·es ont bénéficié de primes sans augmentation pérenne, d’autres ont eu les deux, d’autres rien du tout.
🙈 Le contexte économique que la direction fait semblant d’ignorer
Quelques chiffres que la direction connaît très bien mais préfère minimiser :
- l’inflation a atteint 2,4 % sur les douze derniers mois (mai 2026, INSEE), et les prévisions annoncent 3% pour septembre 2026
- le SMIC a augmenté de +2,41 % au 1er juin 2026, revalorisation automatique déclenchée par l’inflation
- ensemble, nous avons produit pour plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires en FY25, annoncé en grande pompe en octobre 2025
- 40,9 % de marge d’EBITDA au premier semestre FY26, un record depuis l’introduction en bourse
- tout cela culmine en 5,9 millions d’euros de résultat net rien que sur ce premier semestre, soit davantage que ce que la direction propose d’investir dans les augmentations de toute l’année
- une OPRA à 350 millions d’euros, soit l’équivalent de 62 années d’enveloppe NAO au tarif proposé aujourd’hui
Pendant ce temps, le PDG déclare vouloir « générer de la valeur pour les actionnaires » avec son plan stratégique « Step Ahead ». Dont acte, même s’il convient de rappeler que la famille Klaba représente un total de 80% desdits actionnaires !
Les moyens existent. La question c’est juste de savoir pour qui.
✊ Ce que demandent les organisations syndicales
Les trois organisations ont présenté leurs revendications. Notre point commun à tous·tes : un refus catégorique des primes exceptionnelles. On veut des augmentations, pas des aumônes gracieusement offertes, qui disparaissent l’année d’après.
Nos revendications (Solidaires Informatique OVH, 11,24 M€) :
- 10 M€ d’augmentations : +3 % en augmentation générale, le reste à la main des managers, zéro prime
- Salaires d’entrée à +30 % au-delà du SMIC : 0,79 M€
- Correction de la proratisation du 13ème mois (avec un calcul sur le salaire de base, pas sur les heures travaillées comme c’est le cas actuellement) : 0,45 M€
La CGT et Printemps Écologique affichent des totaux plus élevés (respectivement 29,87 M€ et 17,3 M€), portés en grande partie par des propositions spécifiques : un nouveau palier Kudos 20 ans pour la CGT, et un plan de distribution d’actions pour PÉ. En dehors de ça, les enveloppes salariales demandées sont du même ordre de grandeur.
Solidaires Informatique OVH, souvent présenté par les patrons comme un “vilain syndicat de dangereux anticapitalistes radicaux”, présente pourtant ici le chiffrage le plus bas des trois organisations. La révolution est en marche : l’année prochaine on verra si on peut se calmer ou si on monte à 350 millions, histoire de faire une OPRA pour les salarié·es.
🤌 Ce que la direction propose : des miettes, encore
Pour rappel, l’an dernier nous avions quitté la table des négociations face à une proposition indécente à 3 %. Cette année, la direction revient avec 2,5 %, soit 5,6 millions d’euros, donc en dessous de ce qu’on avait refusé l’an dernier. Et quand on lui demande d’où vient ce chiffre, elle se justifie « parce que c’est le board et les administrateurs indépendants qui ont décidé et pi c’est tout ». Habile !
De plus, les astérisques habituels s’appliquent :
- Pas d’augmentation collective généralisée. Les managers décident seuls, sans directive, sans plancher, sans transparence.
- Pas de prime reconduite : là-dessus on est d’accord, mais ce n’est pas un cadeau, c’est la correction d’une erreur de l’année passée.
- Le plan d’actionnariat, proposé par le PÉ : « bonne idée en principe » selon la direction, mais « ces projets s’organisent 18 mois en avance », donc pas pendant ces NAO. Ni pour les prochaines, les suivantes, on suppose ?
- Si on signe un accord, la direction ira peut-être chercher 3 % au board. Peut-être. Elle n’est pas sûre. Le gap entre 2,5 % et 3 % c’est 1,12 M€, une somme ridicule au regard des résultats de l’entreprise.
💪 Sans rapport de force, la direction fait ce qu’elle veut
2,5 %, c’est à peine l’inflation. Et c’est distribué sans aucune règle générale, au bon vouloir de chaque manager.
Ce n’est pas une question de moyens. C’est une question de choix politique. Une entreprise qui affiche 40,9 % de marge d’EBITDA et 5,9 M€ de résultat net en six mois, qui a financé une OPRA à grands frais, et dont le PDG parle de générer de la valeur pour les actionnaires : elle a les moyens. Elle choisit juste de ne pas les mettre sur les salaires. Préférant peut-être les investir dans des IAs pour remplacer à terme celles et ceux qui ont amené la boite jusqu’ici et qui la font tourner aujourd’hui.
Faites-nous remonter vos témoignages : ce que vous gagnez, ce que vous avez eu ou pas eu l’an dernier, ce que vous vivez au quotidien. C’est ça qui nourrit nos arguments en réunion !
La direction ne lâchera rien sans pression. Construisons ensemble le rapport de force pour obtenir ce que les salarié·es méritent vraiment !